
Daniel Lallouet et Maxence Hardenne sont tous les deux peintres-décorateurs à l’Opéra Royal de Wallonie. Leur immense atelier se situe à Ans. Là, on ne compte pas en heure de travail mais en … terrains de football.
Ils disposent d’une surface de 400 m2 pour peindre les décors et les accessoires des productions de l’ORW. Le long des murs, des étagères accueillent des dizaines de pots de peintures et, à proximité d’un évier, les brosses et pinceaux sont rangés presque par taille.
Plusieurs mois avant le spectacle, le scénographe présente ses croquis, tant aux équipes techniques qu’à la direction artistique. S’ensuit un dialogue de faisabilité : « nous pouvons amener des suggestions, mais en général nous exécutons l’idée du scénographe », explique Daniel Lallouet.
Les pièces de tissu, qu’elles soient de coton, de tulle ou de velours, sont agrafées au sol. « Nous sommes donc obligés de marcher sur la toile. Il y a des avantages, comme l’absence de dégoulinure, et des inconvénients, comme le manque, certes relatif, de vue globale », détaille Maxence Hardenne.
Pour le dessin sous-jacent, les peintres utilisent un fusain fixé à l’extrémité d’un manche. « C’est en quelque sorte un prolongement de notre bras. D’ailleurs, nous peignons de la même manière : debout ».
Souvent différentes techniques se mélangent : pistolet et pinceau, chiffon et éponge.
Les peintures sont toutes à l’eau. « Nous en utilisons des dizaines de litres car en plus du décor il y aussi les accessoires, comme ce meuble en peuplier blanc qui doit avoir l’aspect d’une commode en acajou », commente Maxime Hardenne. « Je bouche-pore, j’efface les marques indésirables et étends plusieurs couches de lasure, jusqu’au résultat final ».
Dans un hangar voisin, Daniel Lallouet se faufile entre les décors de La Vera Constanza. « Ici, ce sont des arbres », montre-t-il. « L’atelier de sculpture a réalisé les troncs en modelant du tissu acheté chez Ikea avec de la colle à bois pour lui donner une impression d’écorce. Je lui ai donné un aspect le plus naturel possible ». Le feuillage, tout en légèreté, est aussi en tissu.
Plus loin : « Pour ce ciel, un des quatre du spectacle, j’ai mis une petite dizaine de jours ».
De tous les corps de métiers qui se succèdent, le peintre est toujours le dernier à intervenir. « On nous met un peu la pression car, parfois, le retard peut s’accumuler et comme c’est à nous de mettre la touche finale … ».
A ce propos, de temps à autre, les peintres-décorateurs doivent effectuer des retouches lors des spectacles. « Malgré les précautions des machinistes, la manutention des décors très clairs nécessite notre intervention », conclut Daniel Lallouet.
