Rencontre: Marianne Pousseur


Marianne Pousseur, met en scène L’Enfant et les Sortilèges, un opéra qu’elle a déjà monté en 2001 avec son mari Enrico Bagnoli, spécialiste de la mise en lumière.

 


VOTRE PARCOURS N’EST PAS MONOBLOC…

En effet, j’ai commencé des études musicales au Conservatoire de Liège, c’était en 1979 et les ai terminées en 1984. En parallèle, j’ai eu l’occasion de faire du théâtre avec ma sœur Isabelle. A la même époque je suis entrée au Collegium vocale de Gand,
un ensemble spécialisé en musique ancienne et dirigé par Philippe Herreweghe.
Ce sont ces éléments conjugués, musique et théâtre, qui ont donné une direction à ma vie professionnelle. C’est à la jonction de ces univers que se trouve mon intérêt.

Je dis souvent que c’est Pierrot Lunaire, d’Arnold Schoenberg, qui me correspond le mieux puisque cette pièce se trouve à cheval entre le chanté et le parlé.

Au-delà de ça, j’ai participé à de très nombreux spectacles, j’ai réalisé des films,
réalisé des spectacles, enregistré des CD…

COMMENT PARVENIR À GÉRER TOUTES CES CASQUETTES ?

Ce n’est pas compliqué. Toutes ces classifications, toutes ces étiquettes sont relativement artificielles. Cette discussion est aussi éternelle… Dans le monde de l’opéra, on se la pose en permanence : est-ce le texte ou la musique qui prime ?
Pour moi, ce qui est beau, c’est l’union des deux.

ET VOUS Y AJOUTEZ LA MISE EN SCÈNE…

Oui, mais je ne suis pas seule. La mise en scène de L’Enfant et les Sortilèges est aussi signée Enrico Bagnoli. Nous avions déjà monté ce spectacle en 2001, à Rouen.
Ici, tout est neuf : ce n’est pas une reprise mais une vraie recréation.
Par exemple, nous avons travaillé avec les ateliers de l’Opéra Royal de Wallonie pour de nouveaux décors ; il y a eu une toute nouvelle recherche sur les accessoires et les costumes. Ça été un travail passionnant et, dans le même temps, un vrai défi.

Avec Enrico, nos compétences se complètent à merveille.

L’ENFANT ET LES SORTILÈGES S’ADRESSE TANT AUX ENFANTS QU’AUX ADULTES. C’EST CONTRADICTOIRE, NON ?

Non, car pour moi, un spectacle pour enfants doit aussi être un spectacle pour adultes car on ne peut s’adresser aux premiers sans s’adresser aux seconds. Le discours à l’égard des enfants ne doit en aucun cas être une simplification. Ici, c’est très clair.
L’histoire est en réalité très profonde, même si on y voit des objets qui dansent.
Elle a été analysée par Mélanie Klein, une psychanalyste viennoise, qui détaille le parcours de l’enfant dans le spectacle. Elle le décrit comme une certaine angoisse qui se transforme en colère et, in fine, l’enfant va comprendre le sens des choses.

EST-CE UNE HISTOIRE MORALE ?

Je ne la qualifierais pas de la sorte. En tous les cas, elle est très humaine, c’est sûr.

UN TRAVAIL NE DEVRAIT-IL PAS ÊTRE EFFECTUÉ EN AMONT OU EN AVAL AVEC LES PARENTS OU LES ENSEIGNANTS ?

Ce serait l’idéal, bien entendu. Qu’il y ait une discussion, avant ou après, ce sera toujours bien. Avec Enrico Bagnoli, j’ai très souvent organisé des rencontres avec des jeunes qui sont d’ailleurs très demandeurs. En 2001, quelques jeunes que nous avions rencontrés ont écrit une suite au spectacle. C’était magnifique.

DONNEZ-MOI TROIS BONNES RAISONS DE VENIR VOIR LE SPECTACLE…

Il y a d’abord la musique de Ravel qui est extraordinaire qui rythme les événements et le chœur final est merveilleux (je n’hésite pas à dire qu’il m’arrache presque les larmes). Ensuite, je pense que le spectateur va retrouver des éléments de son enfance, comme ces objets inanimés qui deviennent vivants ; enfin, le spectacle est monté avec une centaine d’étudiants du Conservatoire de Bruxelles qui mettront tout leur entrain, tout leur cœur dans la bonne réalisation de ce spectacle. Cela donnera un côté très frais.

L’Enfant et les Sortilèges | Du 15 au 17 mars 2013 | Théâtre Royal