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Quand le bonheur menace de s’éteindre à chaque instant

Demandez à l’homme de la rue de vous citer un opéra ou deux ; il y a gros à parier qu’il pensera notamment à un Puccini : Bohème, Tosca, Butterfly… Alors qu’un peu plus d’un siècle nous sépare de la première de La Bohème, cet opéra « fait encore nouveau », et les mœurs qu’il décrit dans un groupe social déterminé ont leur équivalent dans la société d’aujourd’hui. Finie la recherche du sens moral, du devoir, du triomphe du destin, c’est la vie quotidienne qui constitue la valeur dramatique de l’action.

Le livret avant tout

« Si je ne me sens ému, si le livret ne me touche pas le cœur, s’il ne me fait ni pleurer ni rire, s’il ne m’exalte ni ne me secoue, il n’y a rien à faire, ce n’est pas une chose pour moi … ». Cette affirmation de Puccini démontre l’importance qu’il donnait au livret.

Puccini aimait la chasse et la pêche, ses hobbies, mais c’est surtout la chasse aux livrets qui était l’une de ses principales préoccupations. Doté d’un instinct théâtral inné, il savait d’emblée quel sujet allait le transporter, le transcender, ce qui rendait parfois plus qu’ardu le travail de ses librettistes. Il exigeait d’eux de parvenir à une forme qui le satisferait pleinement.

Le roman de Murger Scènes de la vie de bohème passionna immédiatement le compositeur, faisant comme un écho à sa propre « vie de bohème » milanaise lorsqu’il était étudiant, pauvre, au point de presque mourir de faim certains jours. Il se laissa pénétrer, séduire par cet esprit estudiantin et parisien de 1830, non sans faire aussi un rapprochement avec son repère : le « Club de la Bohème » de Torre del Lago où il aimait retrouver ses amis.

Il aura fallu trois ans à Puccini pour écrire La Bohème. Son génie dramatique y est omniprésent, plus que dans toute sa production, imposant une conception lyrique où le chant n’est plus nécessairement au premier plan et où l’orchestre participe à l’action.

Puccini et Leoncavallo ont débuté la composition d’une œuvre sur le thème de la « bohème » quasi simultanément ! Le premier y aurait songé sérieusement dès l’automne 1892, quant au second, on cite décembre 1892. L’opéra de Leoncavallo vit le jour un an et demi après celui de Puccini. Lors d’une querelle avec son ami, Puccini lui aurait rétorqué : « Le public décidera… »

La Bohème : un clan vocal

Puccini disait avoir de la sympathie pour « les petites femmes qui ne savent qu’aimer et souffrir » : il en signera d’ailleurs les plus beaux portraits, de Manon Lescaut à Madama Butterfly, à Liù…

Conforme à cet idéal puccinien, Mimì rejoint le clan et donne finalement sa véritable dimension à cette histoire d’amour que seule sa mort interrompra. Sur ce fil conducteur, les librettistes Giacosa et Illica tissent les quatre tableaux, deux en intérieur et deux en extérieur, non sans un dosage subtil d’humour, de tendresse, de rires et de pleurs, d’exubérance et d’intimité, avec en toile de fond un Paris pittoresque fait d’insouciance, d’indépendance, de solidarité et de fidélité, où on se quitte, se réconcilie, et où on rit beaucoup malgré le froid et la faim.

De ce contexte inspirant où chacun se fait tantôt le miroir, tantôt l’écho de l’autre, Puccini apporte avec La Bohème une caractérisation vocale, quasi légendaire, des personnages et des situations. Tout au long de l’œuvre, chaque situation se matérialise en un air, un duo, un quatuor pour exprimer soit l’extase amoureuse d’une âme simple et droite, comme dans « Che gelida manina » ou dans la réponse de Mimì « Sì mi chiamano Mimì » ; l’ivresse de la valse de Musetta ; l’angoisse qui se dégage du duo de Mimì et Rodolfo à l’acte 3 ; la séparation soulignée par le quatuor dans lequel se superposent les adieux de Mimì et Rodolfo à la dispute de Marcello et Musetta, le couple miroir ; ou encore l’ultime chant d’amour de Mimì « Sono andati » dont la mélodie descend decrescendo comme une marche à la rencontre de la mort.

La mort de Mimì est l’une des pages les plus émouvantes de toute la littérature d’opéra. La simplicité dont Puccini fait preuve en fait quelque chose d’extrêmement déchirant. Pas de grands effets d’orchestre, mais soudain cet appel d’une sonorité glacée et bouleversante qui sonne la fin…

Extraits :

  • Che gelida manina

 

  • Sì mi chiamano Mimì

 

  • La valse de Musetta

 

  • Duo de Mimì & Rodolfo (Acte 3)

 

  • Quatuor des adieux de Mimì et Rodolfo

 

  • Sono andati… 

 

Simplicité et lumière

« La chose la plus compliquée est la simplicité et la simplicité est une divinité que doivent célébrer tous les artistes qui croient. » Giacomo Puccini

Complété par Colline et Schaunard, le quatuor initial, composé de Mimì, Rodolfo, Musetta et Marcello, devient un sextuor pour permettre par ces deux figures médianes qu’un groupe se constitue. Mais, au-dessus de ces six personnages et de cette notion de groupe, deux idées prédominent et dessinent le caractère de l’opéra : simplicité et lumière.

Le Larousse définit la simplicité comme suit :

  • Caractère de ce qui est formé d’éléments peu nombreux et organisés de manière claire : Une organisation remarquable par sa simplicité.
  • Caractère de ce qui est peu compliqué, facile à comprendre, à exécuter, à utiliser, etc. : Cette opération est d’une grande simplicité.
  • Caractère de ce qui se présente sous une forme dépouillée, qui est sans luxe : La simplicité du style.
  • Caractère de quelqu’un, de son comportement, qui évite la recherche, l’affectation : Un accueil d’une parfaite simplicité.

Dans La Bohème, Puccini exprime cette simplicité par une forme de discrétion, de retenue, ce qui rend la musique encore plus efficace. Pas de grands déchirements, pas d’explosions de colère ou de rage, de cataclysmiques décharges émotionnelles. Une partition économe de motifs mélodiques grandiloquents où la mélodie ondule gracieusement, sans à-coups.

Deuxième idée, la lumière, définition du Larousse :

  • Rayonnement électromagnétique dont la longueur d’onde, comprise entre 400 et 780 nm, correspond à la zone de sensibilité de l’œil humain, entre l’ultraviolet et l’infrarouge.
  • Clarté émise par le soleil, qui éclaire les objets et les rend visibles : Laisser pénétrer la lumière dans la pièce.
  • Éclairage artificiel : Éteindre la lumière.
  • Source lumineuse, appareil, lampe, etc., propres à l’éclairage : Il reste une lumière allumée chez eux.
  • Éclat du regard manifestant un état, un sentiment : Une lumière d’intelligence brille dans son regard.
  • Éclaircissement, ce qui fait comprendre : Ces informations n’ont apporté aucune lumière dans le débat.
  • Littéraire. Personne d’une grande intelligence, d’un savoir éclatant : Une lumière du barreau.

Surtout au premier acte, mais tout du long également, tout est pénétré d’effets lumineux dans La Bohème : Rodolfo qui écrit à la lumière d’une bougie, Mimì qui vient lui demander du feu pour allumer sa chandelle, jusqu’au vrai prénom de Mimì qui est en fait Lucia…

Oscar Wilde a dit à propos de La Bohème : « Cette musique est émouvante et pénètre le cœur. Puccini est un Alfred de Musset qui écrit des notes. »

 

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