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Pour ce concert, Daniel Oren et la soprano espagnole Saioa Hernández nous convient à un voyage entre l’œuvre de Verdi et le vérisme, dans un programme envisagé avant tout pour mettre en valeur la voix de celle qui est l’une des étoiles montantes du chant lyrique d’aujourd’hui, aux côtés de pièces symphoniques chères au Maestro.

GEORGES BIZET | Carmen • Ouverture

Cette ouverture contient déjà en substance tout l’ascenseur émotionnel de Carmen. D’abord l’allegro héroïque, teinté de cette touche espagnole folklorique qui évoque la fureur de la corrida. Ensuite le célébrissime motif du toréador, dont le rythme marqué en staccato fera également vibrer le deuxième acte. Après une cadence, ce dernier s’efface rapidement pour laisser à nouveau la place au premier thème, repris à l’identique : c’est l’argument de cette ouverture, symbole vibrant d’une œuvre réputée haute en couleur. Mais, c’est, cependant, sur une mystérieuse mélodie d’inspiration gitane et articulée autour de cordes tremolo que l’on s’arrête, comme sur une question interrompue. Cet extrait plus sombre reviendra hanter les scènes annonçant le funeste destin de Carmen.

GIUSEPPE VERDI | Macbeth • « Nel di della vittoria »

Après la lecture d’une lettre, introduite par de rapides mouvements de cordes chromatiques répétés durant l’air, Lady Macbeth est en proie au vertige face à son avènement annoncé. Cet exercice est à réserver aux chanteuses virtuoses puisque l’instrumentation opère des arrêts sur le mode récitatif, ponctués par des cadences. La voix est en effet laissée nue lors d’échappées afin de capter seule l’attention du public : mieux vaut être en maîtrise totale ! La seconde partie, « Vieni t’affretta », nous entraine dans un rythme plus soutenu connu sous le nom de « cabalette », tandis que Lady Macbeth se rêve déjà reine d’Ecosse dans une large tessiture vocale.

GIACOMO PUCCINI | Tosca • « Vissi d’arte »

Tosca est face à ce qui semble être un dilemme sans issue heureuse : si elle ne succombe pas aux avances du perfide Scarpia, elle condamne son amant à la mort. C’est ainsi que la partition suit les émotions de la jeune femme : d’abord pianissimo lorsqu’elle est en proie au doute, puis plus généreuse lorsqu’elle invoque Dieu et enfin puissante lors du crescendo qui mène à la partie finale. La musique est menée par la section des cordes et met régulièrement en valeur des harmonies parallèles à la voix avant que les bois n’articulent un thème doux et nostalgique durant la seconde partie. L’ensemble se veut relativement dépouillé, subtil et lyrique, faisant la part belle aux récitatifs et à une belle finesse jusqu’à l’intense point d’orgue.

GIUSEPPE VERDI | La Forza del destino • « Sinfonia »

La Forza del destino, qui a la réputation de porter malheur aux artistes, sera l’une des réussites du Maître, ponctuée par cette richissime ouverture de 1886. Elle nous permet, dès les premières secondes, de nous familiariser avec d’importants motifs mélodiques, emblématiques de l’œuvre. Le plus évident est un ostinato* rythmique qui personnifie le destin avec nervosité et sert de fil rouge à la pièce. Son pendant plus serein invoque la rédemption et donne une note d’espoir et de répit grâce au souffle des instruments à vent. On ressent une oscillation permanente entre douceur et puissance : cuivres monolithiques, cordes vives, mais aussi bucolisme, douceur et enfin final plein de tonus.

*Ostinato: un procédé de composition musicale consistant à répéter obstinément une formule rythmique, mélodique ou harmonique accompagnant de manière immuable les différents éléments thématiques durant tout le morceau.

AMILCARE PONCHIELLI | La Gioconda • « Suicidio ! »

Son sujet funèbre et la puissance de sa ligne vocale rendent ce grand air pour soprano extrêmement intense pour l’auditeur. « Suicidio » est de très loin le passage le plus emblématique de La Gioconda de Ponchielli et s’adapte très bien aux sopranos qui ont une forte voix dite « de poitrine ». Le tempo accélère et décélère à plusieurs reprises afin de nous retranscrire toute cette agitation intérieure. Rythmé, tragique, oppressant par ses soubresauts et ses changements de dynamique, cet air illustre très bien la contemplation morbide et l’émoi de cette Gioconda, personnage piégé dans des machinations qui la dépassent et la pousseront à commettre l’irréparable.

GIACOMO PUCCINI | Madama Butterfly • « Tu, piccolo iddio ! »

Madame Butterfly se donne la mort, tout comme la Gioconda. Mais il s’agit ici surtout d’une question d’honneur puisqu’elle a été trompée par son mari américain, qui s’apprête à lui enlever son fils. Ponctué de tambours, d’exclamations et de cadences annonciatrices de malheurs, cet air trouve plusieurs points d’orgues laissant résonner les timbales, tandis que notre protagoniste est surprise par son fils, le véritable amour de sa vie. Elle lui dit adieu et lui offre un ultime moment de tendresse maternelle, lui qui ne peut comprendre. Les motifs inspirés par la tradition musicale japonaise laissent leur place à l’un des instants véristes les plus tendus de la carrière de Puccini, articulé dans toute son insoutenable tragédie.

GIACOMO PUCCINI | Manon Lescaut • Intermezzo

Place à l’accalmie, avec un intermezzo utilisant délicatement le plein potentiel de l’orchestre : cet extrait musical illustre, le plus souvent sans mise en scène, l’amour de Des Grieux pour Manon qu’il doit suivre jusqu’au Havre, elle qui y sera emprisonnée. Articulant un sublime thème aux bois et renforcé ponctuellement par la section des cordes, cet extrait nous offre un parcours constitué de crescendos et decrescendos très soudains faisant appel à l’ensemble de l’orchestre, mais retombant toujours dans la douceur et le bucolisme. La mélodie si grandiose qui le conclut sautera aux oreilles de n’importe quel cinéphile : John Williams s’en est peut-être inspiré pour composer la bande son d’un certain space opera…

GIUSEPPE VERDI | Un Ballo in Maschera • «Morro, ma prima in grazia»

Instrumentalement simple, le rythme lancinant (mais marqué) de cet air nous renvoie au dépouillement de l’instant : rien n’existe plus si ce n’est une mère, Amelia, seule face à la perspective d’être séparée de son enfant par la mort. Renato, l’homme qui la condamne à mort, est présent dans la structure musicale de cet air malgré son apparent mutisme : il s’agit bien d’une confrontation et ce n’est pas un hasard si la partie lyrique est précédée d’une échappée mélodique au violoncelle normalement réservée aux duos, le Tempo D’attaco. Le final a une consonance terrible : après une intense montée en tremolo, l’orchestre s’arrête et laisse toute la place à la prouesse vocale qui conclut la complainte d’Amelia acceptant son destin sur un accord final émaillé de demi-tons joueurs.

UMBERTO GIORDANO | Andrea Chénier • « La mamma morta »

La Révolution française sert de toile de fond à cette œuvre d’Umberto Giordano. Ce n’est donc pas un hasard si l’on retrouve, un peu partout et jusque dans cet air, des bribes du thème de La Marseillaise, si bien que l’auditeur jurerait reconnaître, le temps de trois notes, l’hymne français qui s’évapore rapidement. Le rôle de Maddalena était réservé à ces chanteuses chères au Vérisme que l’on appelait les sopranos spinto, polyvalentes et versées dans les registres lyriques et dramatiques. Il s’agit de la lamentation d’une fille qui a perdu sa mère dans l’un des grands incendies de la Révolution, voyant sa maison natale dévorée par les flammes. Après s’être épanchée, tout en mélancolie, l’instrumentation prend une forme rythmique héroïque, marquant l’amour providentiel et la mort qui rôde à chaque coin de rue.

 

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