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Portrait de William Shakespeare par Martin Droeshout (1622) VS Portrait d’Ambroise Thomas par Antoine-Samuel Adam-Salomon

 

Quand Shakespeare écrit pour Hamlet « Être ou ne pas être, telle est la question », il est loin de se douter qu’un compositeur d’opéra adaptera son œuvre deux siècles plus tard. Au XIXe siècle, Ambroise Thomas signe avec Hamlet un incontournable du répertoire français. Même si la version des librettistes Barbier et Carré paraît s’éloigner de l’original, la fièvre passionnée shakespearienne demeure, écartant quelque peu ambiguïtés et questions existentielles.

 

Ambroise Thomas, en express

 

D’où vient-il ?

Fils de Martin Thomas et Jeanne Willaume, Ambroise Thomas naît à Metz le lundi 5 août 1811. Il a 2 frères (Jean-Baptiste et Charles) et une sœur (Amélie). Le jeune Ambroise grandit dans l’école de musique fondée par ses parents et rejoint son frère, violoncelliste à l’Opéra de Paris, après la mort de leur père. Violoniste et pianiste, il entre au Conservatoire à 17 ans. Ses artistes préférés sont alors Bach, Mozart, Weber ou encore Beethoven. Il remporte plusieurs prix dont le prestigieux Grand Prix de Rome, sa deuxième tentative étant la bonne.

Ses qualités

Curieux et travailleur, il séjourne à Rome de 1833 à 1835 et visite l’Italie. En passant, il compose un Requiem et de la musique de chambre. Puis, après un bref passage par Vienne et Munich, il regagne Paris en 1836.

Pourquoi le lyrique ?

Violoniste au Théâtre du Vaudeville à Paris, Thomas assiste, à cette époque, au triomphe de Meyerbeer, à l’essor du grand opéra romantique et au succès d’Auber, Bellini, Halévy, Donizetti… Il réalise alors que s’il veut se faire un nom, il doit se lancer dans le lyrique. Il débute en 1837 à l’Opéra Comique, soutenu par Auber.

Ses succès, son parcours académique

Musicien sérieux et consensuel, à l’inspiration délicate, Thomas signe quelques succès retentissants, à l’Opéra Comique et à l’Opéra de Paris, comme La Double échelle (qui connait près de 200 représentations et est traduit et exporté), Le Guérillero (qui tient l’affiche pendant 3 ans), Le Caïd (pas moins de 400 représentations et se donne partout en Europe), Mignon (événement lyrique de l’année 1866 et qui compte à son actif, en 1894, 1000 représentations), Hamlet (plus de 300 représentations jusqu’en 1914). En parallèle, Thomas embrasse une carrière académique où il succède à :

  • Spontini, en 1851, à l’Académie des Beaux-Arts (passant devant Berlioz) ;
  • Adam, et devient professeur de composition en 1856 au Conservatoire (il a même comme élève un certain Massenet) ;
  • Auber, et devient directeur du Conservatoire, en 1870, où il côtoie notamment Bizet, Massenet, César Franck ou encore Debussy.

Ses adieux

Ambroise Thomas quitte la scène, à Paris, le mercredi 12 février 1896.

 

Hector Berlioz dans le Journal des débuts, du 18 juillet 1846, écrit :

« Ambroise Thomas est l’un de nos compositeurs les plus distingués. J’éprouve un très grand plaisir à entendre cette musique vive, alerte, piquante, toujours distinguée, toujours bien en scène, instrumentée de main de maître, avec éclat, mais sans excès, avec variété, mais sans recherche, écrite partout avec goût et savoir. »

 

Hamlet >< Hamlet

L’un est anglais, dramaturge-poète-acteur, l’autre est français, compositeur d’opéra, professeur de musique…  et deux siècles les séparent. Hamlet n’est pas le premier essai d’Ambroise Thomas qui quelques années plus tôt s’est déjà attaqué au Songe d’une nuit d’été de Shakespeare.

« La tragédie d’Hamlet est une pièce grossière et barbare qui ne serait pas supportée par la plus vile populace de la France et de l’Italie. On croirait que cet ouvrage est le fuit de l’imagination d’un sauvage ivre. Mais parmi ces irrégularités grossières, qui rendent encore aujourd’hui le théâtre anglais si absurde, on trouve dans Hamlet, par une bizarrerie encore plus grande, des traits sublimes, dignes des plus grands génies. Il semble que la nature se soit plu à rassembler dans la tête de Shakespeare ce qu’on peut imaginer de plus fort et de plus grand, avec ce que la grossièreté sans esprit peut avoir de plus bas et de plus détestable. »

Ces quelques lignes extraites de Dissertation sur la Tragédie ancienne et moderne, signées Voltaire, en 1748, laissent déjà augurer que si un Français adapte Hamlet, il ne faudra pas chercher une adaptation fidèle de la pièce de Shakespeare.

En effet, un des changements les plus marquants effectué par les librettistes Carré et Barbier se porte sur le dénouement : le Hamlet français ne meurt pas mais devient roi ! La différence est de taille et reflète assez bien l’amenuisement du côté tragique au profit d’un élan davantage mélodramatique, propre au grand opéra français.

Les deux librettistes prennent quelques libertés, déformant l’histoire originale, pour la rendre plus « française » :

  • moins de meurtres ;
  • plus de place au couple Hamlet et Ophélie et à leur histoire d’amour ;
  • la folie d’Ophélie est davantage présente, un acte entier ;
  • la mort d’Ophélie est plus marquée alors qu’esquissée dans la pièce ;
  • le héros reste en vie ;
  • un final en forme de semi « happy-end » ;
  • bien moins de questions existentielles et d’ambiguïtés…

Hamlet, opéra en 5 actes, d’Ambroise Thomas triomphe le 9 mars 1868 à l’Opéra de Paris (Salle Le Peletier). Lorsqu’en 1869, le compositeur présente son opéra au Covent Garden de Londres, il l’a quelque peu remanié pour éviter de choquer les spectateurs anglais, attachés à l’œuvre de leur compatriote. Cette nouvelle mouture, traduite en italien pour l’occasion, se termine comme la tragédie shakespearienne : Hamlet meurt après avoir tué Claudius et sans avoir revu le Spectre.

 

Sombre et lumineuse musique

Le livret de Carré et Barbier revisite l’histoire avec plus de sentimentalisme, faisant perdre de son intensité à la tragédie. C’est là que le talent de Thomas opère : il réussit à inventer une musique qui corrige, par sa construction, sa composition et son emploi, les quelques faiblesses du livret. Le sombre, le dramatique s’expriment en musique.

Par exemple, avec les cordes, Thomas souligne le pathétique d’une situation ou installe encore des ambiances. Il confie aussi, à de nombreuses reprises, un rôle soliste aux instruments, comme avec la flûte, relayée parfois par la clarinette et le hautbois, lorsqu’elle accompagne Ophélie, se superposant à ses récits, ou lorsqu’elle la rejoint, dialoguant avec elle dans sa folie.

Parfois pointé pour son académisme et un côté légèrement convenu, Thomas est curieux et peut être audacieux. Il signe dans Hamlet, le premier grand solo de saxophone du répertoire lyrique. Atypique ! La partition expose également un redoutable solo de trombone, sans doute un des plus importants jamais composés pour cet instrument à l’opéra.

Son art orchestral ainsi que sa parfaite maîtrise de l’écriture vocale sont à l’origine de sublimes pages musicales comme celle du duo d’amour entre Hamlet et Ophélie, ou encore l’arioso de Gertrude…

Quant au rôle d’Hamlet, c’est l’une des plus belles partitions pour baryton. D’ailleurs, Thomas déroge à certains codes confiant le rôle principal masculin à une voix grave, dont la tessiture assombrit la partition que seule la voix d’Ophélie éclairera. Les ténors de la partition ont, quant à eux, des rôles davantage secondaires.

En écoute :

Hamlet – Acte I – 1er Tableau : Elseneur, Une Salle Du Palais – Récitatif Et Duo : Doute De La Lumière (Hamlet, Ophélie)

 

Hamlet – Acte II – 1er Tableau : Les Jardins Du Palais – Arioso : Dans Son Regard Plus Sombre (La Reine, Ophélie)

 

Hamlet – Acte IV – Un Site Champêtre Ombragé De Grands Arbres – Scène Et Air D’Ophélie – Et Maintenant Écoutez Ma Chansons ! (Ophélie)

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