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Printemps 1863. Il faut aller vite. Commissionné, Bizet doit écrire un opéra en 3 actes en peu, très peu, de temps : la première doit avoir lieu en septembre. Le livret est confié à Cormon et Carré, qui le remanient jusqu’au dernier moment. Leur travail n’a pas la rigueur de celui de Bizet. On rapporte d’ailleurs que Carré est bien en peine de donner une fin à cette pièce. Submergé par les écueils, il semblerait que l’incendie final se soit imposé au librettiste au détour d’une conversation : « Mettez-le au feu ! » (sous-entendu, le livret), lui aurait-on rétorqué.

Bizet, c’est Carmen mais pas que…

Qui dit Bizet, pense immédiatement Carmen (1875) ! Mais, Bizet est loin de se résumer à cette seule et unique œuvre, à l’instar d’autres compositeurs comme Orff trop souvent réduit à Carmina Burana, Humperdinck à Hänsel und Gretel ou encore Dukas à Ariane et Barbe-Bleue… Bizet c’est aussi, et entre autres, La Symphonie en ut majeur (1855), Le Docteur miracle (1856), La Jolie fille de Perth (1866-67), Djamileh (1871-72), L’Arlésienne (1872) et Les Pêcheurs de perles (1863).

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Adolphe Bizet, son père, doit user d’un stratagème pour que Georges, trop jeune, intègre le conservatoire malgré tout : l’éveil hors du commun de l’enfant et ses capacités dépassent vite les aptitudes des parents, pourtant musiciens eux-mêmes.

C’est ainsi que le père Bizet fait venir chez lui un redoutable professeur de piano et lui demande d’exécuter un accord compliqué.  De la pièce voisine, rien n’échappe au petit Georges qui énonce alors avec brio toutes les notes exactes de cet accord. L’exception est convenue et Georges est reçu dans la prestigieuse institution parisienne !


1965, retour aux sources

Plusieurs dates marquent l’aventure des Pêcheurs de perles : 1863, 1885, 1893, 1965 et 1970.

Les Pêcheurs de perles prennent la route le 30 septembre 1863 pour 18 représentations seulement, le succès n’est pas au rendez-vous à ce moment-là. Le livret ? Bizet ne semble pas trop affecté, il jouit déjà d’une belle réputation.

Affiche de Leray pour Les Pêcheurs de perles de Bizet (1863)

 

Les Pêcheurs de perles refont surface en 1885, après la mort de Bizet, alors qu’un public amoureux de Carmen souhaite découvrir d’autres facettes de son répertoire. Certains directeurs de théâtre se tournent alors vers ses œuvres de jeunesse. En l’état, l’œuvre est jugée imparfaite et est retouchée en 1885 et 1893 : coupures, transformations et substitutions. Tantôt la psychologie des personnages évolue sans que l’action ne soit modifiée, tantôt c’est le déroulement de l’action qui est remis en question.

Les Pêcheurs de perles sont rétablis dans leur intégrité en 1965 ! C’est à cette date qu’ils reviennent à la surface, suite à un article publié dans la « Revue de Musicologie » dans lequel Michel Poupet (auteur de Les infidélités posthumes des partitions) y démontre que ces deux phases de modifications ont plutôt atténué l’impact dramatique de l’ensemble plutôt que de l’améliorer.

Cependant, il subsiste un problème, et de taille : mais où est passé le texte musical ?


Plus de partition autographe. Disparue ! Il ne subsiste que des réductions pour chant et piano publiées au moment de la création de l’œuvre. Il faudra attendre 1970 pour que le musicien britannique Arthur Hammond réorchestre l’œuvre à partir de ce matériel pour redonner vie à la version originale.


La musique d’un triangle amoureux

S’il y a les personnages et ce qu’ils se disent, se racontent, il y a aussi et surtout ce que Bizet dépeint au travers de cette musique sublime et de ce chant profond remuant les tréfonds de l’âme.

Le plus classique des triangles amoureux, point de départ de cette histoire, prend d’autres couleurs face aux canons de l’époque : une femme (Leïla, prêtresse chargée de veiller sur les pêcheurs pendant leur travail) pour deux hommes (Nadir et Zurga, pêcheurs), mais aussi une relation forte entre ces deux personnalités masculines : amitié, complicité, nostalgie…  À ce trio, s’ajoute un quatrième personnage : Nourabad (grand prêtre de Brahma qui accompagne Leïla dans son travail).

Avec une histoire resserrée sur un quatuor vocal, Bizet peut travailler le cœur des passions humaines et explorer la rhétorique musicale pour mieux sonder l’âme des êtres.

Mais qu’est-ce qui caractérise ce triangle aux multiples facettes ? Honneur aux dames !

Leïla (soprano lyrique) : rôle d’une diversité redoutable, sa voix se veut très souple dans le suraigu, plus profonde dans les graves du tourment et d’un timbre révélant une pureté délicate dans les parties sacrées.

Extrait Me voilà seule dans la nuit


Nadir (ténor lyrique) : personnage le moins complexe, et le moins contradictoire du duo masculin, son timbre témoigne d’une délicatesse évidente, sa palette se veut expressive, tout en nuances et variée.

Extrait Je crois entendre encore


Zurga (baryton) : personnage autoritaire au début, il est bouleversant par la suite. L’étendue vocale nécessaire pour ce rôle est grande : elle doit épouser l’ensemble des sentiments et des tiraillements qui parcourent Zurga, et se veut tantôt puissante, tantôt souple permettant de vocaliser de manière aisée.

Extrait L’orage s’est calmé

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