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Quand il débarque à Liège en 2007, Stefano Mazzonis di Pralafera, issu de la noblesse turinoise mais né à Rome, n’est plus si jeune, mais il a déjà une solide réputation : il vient de secouer avec succès une vénérable institution, le Teatro Communale de Bologne, où il a été nommé superintendant cinq ans plus tôt. Son mantra, c’est la jeunesse à l’opéra : des jeunes et parfois très jeunes, qu’il attire avec sa politique de prix, ses animations scolaires, ses programmations spécifiques. Il quitte Bologne en pleine gloire, salles pleines, enthousiasme de tous les publics, le vieux comme le nouveau. Suite à un concours international, il vient d’être désigné directeur général et artistique de l’Opéra Royal de Wallonie à Liège, Belgique. En Italie, on s’interroge : que va-t-il faire là-bas, dans la pluie et la grêle ?

Stefano Mazzonis sait ce qu’il fait, il aime les défis, et sait que l’Opéra Royal de Wallonie est la plus grande institution culturelle de la Communauté française de Belgique, un budget de 19 millions d’euros, plus de 200 personnes employées ; il sait aussi que Liège, cernée par la Flandre, les Pays-Bas et l’Allemagne, est le dernier bastion de la latinité vers le septentrion, et qu’y vit une importante communauté d’origine italienne. Il a son idée et fait un pari…

Dix ans plus tard le bilan est impressionnant : la salle de mille places est pleine tous les soirs, l’ORW attire près de 100.000 spectateurs chaque saison, dont près de 30 % de jeunes ; le tiers du public vient de Flandre, des Pays-Bas ou d’Allemagne, les opéras sont sur-titrés dans les trois langues et visibles sur le net, via Culturebox.fr ou Mezzo, avec grand succès.

Et pourtant, celui qui a appris la musique très jeune et qui s’y destinait a dû suite à un revers de fortune apprendre un « vrai » métier. Ce sera le droit : Stefano se spécialise dans les télécoms, puis travaillera également pour Cofindustria, la puissante organisation des patrons italiens. Mais sa passion le taraude, et il ne peut pas s’empêcher de lancer à la télé et à la radio les concerts du dimanche, rendez-vous de musique classique et d’opéra qui vont devenir une institution en Italie. Et de fil en aiguille, petit-à-petit, on l’invite, il s’offre une première mise en scène en 1983, qui tourne en France, en Allemagne, en Belgique…

Et à Bologne et à Liège, il continue à mettre en scène les opéras du répertoire italien, Verdi, Puccini, Rossini, Donizetti… Son pari est tout simple : on laisse Wagner aux allemands, le contemporain et l’audace à La Monnaie de Bruxelles, et à Liège on montrera de l’italien, du classique, classiquement, costumes et grands décors, quoique…

Pour la réouverture après travaux de la magnifique salle à l’italienne de l’Opéra de Liège, en 2012, Stefano Mazzonis fait appel au cinéaste Jaco Van Dormael pour mettre en scène Stradella, une œuvre de jeunesse de César Franck, qui n’a jamais été jouée. La piscine sur scène, où les chanteurs se noient lentement d’un acte à l’autre marquera les esprits…

Et c’est ce qu’en fin musicologue il préfère : exhumer des partitions et des opéras oubliés, négligés, qu’il crée ou fait créer à Liège, et qui sont souvent repris par les opéras du monde entier, comme Jérusalem de Verdi, La Gazetta de Rossini ou Guillaume Tell d’André-Modeste Grétry, le compositeur liégeois dont le cœur bat toujours dans la statue érigée face à l’opéra. Comme un métronome pour Stefano Mazzonis, et comme un air d’opéra qui enchanterait les brumes du nord…

Merci à Patrick de Lamalle